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Trailer Park Boys

Trailer Park Boys c’est un « mockumentary », c’est-à-dire que c’est tourné comme un documentaire et ça ressemble furieusement à de la Reality TV mais ce n’est ni l’un ni l’autre, c’est une fiction, une comédie traitée sur ce mode. Dans ce genre de comédie on trouve, par exemple, « The Office » ou « Reno 911 ! ».

Cette série Canadienne, écrite et réalisée par Mike Clattenburg est un bel exemple des méandres qu’emprunte parfois la création d’une série télévisée. Ce fut d’abord un court-métrage en 1998, qui présentait déjà les deux personnages principaux et qui déclencha un long-métrage l’année suivante. En découvrant ce film, le producteur Barrie Dunn imagine d’en faire une série, convainc sans peine Clattenburg et, sur un coup de tête, tous les deux vont pitcher Showcase . Et voilà : en 2001, la série est lancée avec 6 épisodes pour la première saison. Jusqu’en 2008, il y aura 7 saisons totalisant 55 épisodes et un nouveau long-métrage est sorti en 2006.

Pour résumer « Trailer Park Boys », facile, tout est dans le titre : c’est effectivement l’histoire de deux types qui habitent dans un parc de mobile home. Et pour étoffer ce n’est pas plus difficile : au fil des aventures de Ricky et Julian, c’est toute une communauté de marginaux que nous découvrons, que nous suivons et à laquelle on s’attache. Le « Sunnyvale Trailer Park » en question est un véritable microcosme, avec sa (presque) riche propriétaire, son gardien qui se prend pour un sheriff, ses locataires qui tentent de survivre ou bien se laissent paresseusement sombrer dans l’alcoolisme.

Les personnages sont truculents. Julian, l’unique cerveau du Trailer Park, bodybuildé, toujours agrippé à un verre et qui rêve qu’un jour, enfin, un de ses plans se déroule sans accroc. Hélas, son complice attitré, Ricky, est un parfait crétin, impulsif, stone du matin au soir. Ils font un trio avec leur pote Bubble, un simple d’esprit qui a été abandonné enfant par ses parents. Ils sont tenus à l’œil par « Mister Lahey », un ancien flic devenu le pire ivrogne du pays et qui vit en couple avec « Randy Beau-Brandy », prostitué occasionnel et fan de hamburgers. J-Roc, Cory et Trevor, Barbara, Lucy… Chaque personnage est excellemment croqué et un casting impeccable leur a attribué l’acteur qu’il méritait (Mike Smith, qui joue Bubble est époustouflant de simplicité et de vérité).

Bien sûr, c’est une série qui ne plaira pas à tout le monde. Rien de familial ou de « pro actif » ici : les personnages se vautrent dans une débauche de gros joints et de grandes cuites qu’ils rythment avec des chapelets de « fuck you mother fucker ». Et pas de bons sentiments non plus. Par moments, ça ressemble franchement à « Affreux, sales et méchants ». Ces bons sentiments qui viennent d’habitude nous souffler une morale toute faite, la série les remplace par de vrais moments d’émotions que Clattenburg et ses acteurs arrivent brillement à faire surgir au milieu de ce chaos apparent.

On sent une profonde complicité entre Clattenburg et ses acteurs, une grande proximité de ces acteurs avec le texte et une extrême justesse de ce texte. Du coup, tout comme dans « The Office », dans le même genre mais dans un registre différent, on ne se sent plus dans un numéro d’improvisation plus ou moins réussi mais confortablement installé dans une belle machine comique bien huilée. Et peu à peu, le mockumentary un peu potache de la première saison se transforme en une véritable saga, presque une tragédie grecque. Les personnages tombent, se relèvent, retombent mais jamais ne renoncent à leur but. Et l’on rit, non pas de plus en plus mais de mieux en mieux, saison après saison. Au final, lorsqu’on est bien entré dedans, cette série est une de celles qui vous font frémir de plaisir en entendant les premières notes du générique.

« Trailer Park Boys » est un programme à part, qu’il serait difficile de comparer à un autre. Mais pour les téléspectateurs gavés au Made in USA comme nous le sommes (et on ne s’en plaint pas, le grain est bon), c’est une sacrée bouffée d’air frais. On se marre bien en voyant le système judiciaire et pénitentiaire Canadien, et les méthodes de la police, et en repensant à toutes ces mêmes situations qu’on voit d’habitude dans les séries policières, si standard qu’on a l’impression de connaître le code de procédure pénale de Californie en habitant à Tourcoing.

Si vous ne connaissez pas « Trailer Park Boys » et si vous vous sentez prêts à digérer de la comédie qui n’est pas servie dans du polystyrène, donnez-lui absolument une chance. Si vous connaissez déjà, n’oubliez pas de le remettre au-dessus de la pile pour les longues soirées de blizzard. Si vous n’avez aucune intention de regarder ce programme à la lecture de cette note, retenez quand-même le nom de Mike Clattenburg, un de ces jours, vous allez forcément rire à cause de lui.

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