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Father Ted

Aux premières notes du générique de Father Ted le connaisseur pousse toujours un soupir résigné… Pas à cause de ce qu’il voit, mais parce qu’il sait qu’il n’y en aura plus des nouveaux épisodes de Father Ted et parce qu’il soupçonne qu’il n’y en aura plus des séries comme celle-là. Désolé, impossible de ne pas démarrer cette note avec un accent nostalgique.

Mais remettons-nous et tachons de rendre à cette série l’hommage qu’elle mérite. Résumons d’abord : « Father Ted » suit les péripéties quotidiennes (oui, c’est souvent mouvementé) de trois prêtres perdus sur une île, Craggy Island (imaginaire), au large des côtes Irlandaises. C’est paumé, c’est venteux, c’est bouseux et on sait bien pourquoi on les a parqués là, ces trois prêtres : chacun dans leur registre, ce sont les pires curés qu’aucun séminaire n’ait jamais produit ! Ils sont attentivement (religieusement !) servis par leur bonne Mrs Doyle et régulièrement harcelés par leur supérieur le Bishop Brennan.

Father Ted Crilly, le héros de la série, est inspiré d’un personnage créé pour la scène par Arthur Mathews qui l’adapte ensuite en série avec son complice et compatriote Irlandais Graham Lineham. Rappelons au passage que c’est à ce même duo que l’on doit la série à sketches « Big Train » et que Lineham a encore commis l’excellent « IT Crowd ». Tous les deux ont écrit sur de nombreux autres programmes.

Mais, ne nous éloignons pas trop de la maison, l’île de Craggy Island n’est pas sûre. Donc, dans cette série, il y a Father Ted, un prêtre qui aimerait bien se la couler douce dans une paroisse de rupins mais qui doit à sa corruption, à ses frasques passées et à ses maladresses répétées d’être exilé sur cette île. Le personnage, impeccablement campé par l’acteur Dermot Morgan, n’est pourtant pas au bout de son calvaire. Il est en charge d’un jeune curé, Father Dougal McGuire, un parfait crétin qui n’a jamais eu qu’un seul neurone, celui qu’il a utilisé pour frapper un jour à la porte d’un séminaire. Et, dans un coin du salon trône Father Jack Hackett, un vieillard ivrogne, pervers et sénile (ou pas ?), qui termine dans un fauteuil crasseux une carrière qu’on devine peu vertueuse. Ted pourrait quand-même se laisser aller à la résignation, mais un nouvel événement vient toujours contrarier ses plans ou le tenter vers une aventure au succès improbable.

Disons le tout de suite : c’est extrêmement drôle ! Et c’est finement ciselé : ce que vous voyez dans Father Ted, vous aurez peu de chance de le voir ailleurs. La réalisation a un côté sobre, presque minimaliste, mais c’est pour mieux servir l’humour et, par exemple, certains cadrages, fixes et parfaitement « timés » font le gag à eux seuls. Les textes sont toujours drôles, chaque réplique. Et les acteurs sont brillants, ils se donnent entièrement et on ne voit pas un plan, un regard, une grimace ou une réaction qui ne soit totalement dans le personnage, dans le ton parfait pour rendre le meilleur effet comique.

Je ne devrais pas faire ça et je ne le ferai plus (promis, juré) mais pour « Father Ted », je vais dérouler le tapis rouge jusqu’au bout. Il y a donc Dermot Morgan, fabuleux en Father Ted, il transpire le pathétique, il est vrai et pour rester toujours juste il déploie toute une palette d’expressions subtiles, savamment rythmées. Il y a avec lui, toujours prêt à relever le challenge : Ardal O’Hanlon, qui joue un des crétins les plus drôles de toute l’histoire de la télévision. Il y a Frank Kelly, qui aboie ses « Feck » et ses « Arses » et qui semble prendre un malin plaisir à se dégrader et à se maculer toujours plus épisode après épisode. Il y a Pauline McLynn, qui nous sert sa « catch phrase » sur un plateau à roulettes et qui met plein d’intonations drôles dans sa voix. Graham Lineham et Arthur Mathews exploitent le maximum de tous leurs sujets, sans jamais se presser ou céder au premier effet facile.

Il n’était pas prévu qu’il y ait plus de 3 saisons de cette série, et l’on n’aurait donc jamais eu d’autres épisodes de « Father Ted » que ces 25 précieux. Mais on aurait adoré revoir Dermot Morgan triompher dans un nouveau rôle. Hélas, après avoir filmé la dernière scène, le dernier plan de la troisième saison, il s’est effondré, terrassé par un infarctus. Oui, ça sonne comme une légende, mais justement, cette série restera légendaire (comme dirait Barney).

Après avoir visionné la série, vous ne saurez pas quoi faire des DVDs. Conscient d’avoir entre les mains un des plus beaux morceaux de comédie Anglaise de ces vingt dernières années, vous chercherez la meilleure place dans votre vidéothèque pour garder ces précieuses galettes (chez moi, les trois saisons sont douillettement blotties entre « Red Dwarf » et « Fawlty Towers »).

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